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Artiste en résidence
Ariel et Guy Wagner


Pierre-Laurent Aimard lors du premier
entretien (Photo: Guy Wagner)

Premier entretien : Je ne suis qu’un grain de sable dans tout un projet

 
Le jour de son concert avec le Cleveland Orchestra, nous avons pu rencontrer une première fois Pierre-Laurent Aimard afin de parler avec lui de sa « résidence » à la Philharmonie.

 
Artiste en résidence, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

 Cela signifie qu’une salle choisit un profil de musicien pour donner une sorte de griffe à une première saison … Je ne veux pas être présomptueux, je ne suis qu’un grain de sable dans tout un projet, mais quand on ouvre une nouvelle salle, on a le choix suivant : soit, un « grand nom » et une ouverture quelque peu académique ou de vitrine, soit, quelqu’un qui présente un type de conviction.

Ce que moi je recherche, 1) c’est une pluralité artistique, puisque notre époque est plurielle et nous invite à cela ; 2) c’est d’essayer ce qui est valorisant ; 3) c’est la nécessité pédagogique dans la transmission. J’y crois beaucoup et je crois aussi que si l’on continue à faire simplement des gestes à consommer, on va dans le mur. C’est sur la base de ce credo que j’ai rencontré Matthias Naske à Vienne, et j’ai constaté qu’il avait les mêmes soucis que moi sur l’avenir musical. Il y a des affinités dans nos visions.

Le choix de la structure et des œuvres, comment s’est-il fait ?

 Par le souci de montrer ce que peut être un musicien aujourd’hui. J’ai commencé, en évitant d’être soliste, mais en étant accompagnateur. J’essaie de profiter de l’instrument pour épouser différentes fonctions, car cela éclaire la musique de différentes parts. Ainsi, dans Turangalîla je ne joue pas un concerto, cette œuvre étant une symphonie, donc, je participe à l’univers symphonique.

Pour revenir à votre tâche dans le récital de Goerne : Vous faites souvent des accompagnements de lieder ?

 Pas assez. Je rêvais depuis longtemps de reprendre l’accompagnement, car j’adore la mélodie, le lied, et j’ai suivi une formation appropriée, ayant fait la classe d’accompagnement. J’ai fait beaucoup de lied, beaucoup d’opéra, et puis, on apprend, – à transposer, à réduire –, c’est très technique et très bon aussi. Et puis, j’ai fait pas mal de choses du 20e siècle dans le cadre de l’InterContemporain, l’IRCAM, avec des gens du reste merveilleux. C’était fréquent, mais pas sur des bases régulières, et je souhaitais y revenir depuis longtemps.

Vous étiez le pianiste attitré de l’IRCAM ?

 J’étais membre fondateur, c’était un tiers-temps pour moi, et je faisais en même temps une activité solo et de la musique traditionnelle, ainsi que ma propre formation que j’ai continuée aussi longtemps que possible.

Vous aviez 19 ans à l’époque ?

 Oui, c’était en 1976. J’avais pensé rester trois-quatre ans à l’IRCAM et j’y suis resté 18 ans, parce que, comme M. Boulez est une personnalité pas vraiment inintéressante et qu’on ne perd pas son temps auprès de lui, il y avait beaucoup de nourriture à engranger.

Avoir un partenaire comme Goerne, qu’est-ce que cela signifie pour un accompagnateur ?

 Cela a duré cinq ans avant qu’on n’ait pu travailler ensemble, vous savez : les questions de communication, d’organisation, mais quand cela s’est fait, dès le premier moment, cela a marché très fort. Matthias Goerne est une énorme personnalité. Ses amis disent : « C’est un ogre ». C’est quelqu’un qui a des choix exceptionnels, des passions extraordinaires, des désirs très forts. De plus, il est un conteur tellement bon : Vous êtes sur une vague, et c’est passionnant de le suivre ainsi au fur et à mesure et de réagir comme son miroir.

Quelles sont les prochaines étapes de votre présence chez nous ?

Au mois de décembre ce sera une action de création purement pédagogique avec une interrogation sur la musique hongroise.

En février, à cause de la troisième salle, ce sera piano et technologie. Donc, j’essaie de tendre la main au-delà des frontières de l’instrument.

En mai, je suis deux fois soliste dans l’acceptation traditionnelle du terme, – une fois avec orchestre et la seconde en récital.

Ainsi, dans le répertoire aussi, il y a un désir de balayer large, de montrer ce qui est important : C’est une question de contenu et non de la fonction, puisque nous sommes dans un monde où, au contraire, on met toujours la fonction sociale comme priorité à tout et qu’on va donc écouter Madame Machin et Monsieur Truc pour dire qu’on les a entendus.

Et l’élément pédagogique ?

La place de la pédagogie est au cœur du projet. Ainsi, ce soir, il y a un « pretalk » auquel je participerai avec des exemples.

Le niveau le plus particulier, c’est évidemment le récital. Pour marquer la résidence, j’ai voulu que mon récital présente une création. C’est une commande à George Benjamin qui lui aussi est, je trouve, un compositeur éminent, pianiste à l’origine, un des rares qui peut très bien écrire pour le piano, et l’idée est : On fait un projet avec la pédagogie au cœur … D’écrire donc une œuvre qui puisse être jouée par des jeunes et qui, dans la communication aussi, est destinée aux jeunes. Je jouerai la pièce, elle fait partie de mon programme que j’ai d’ailleurs construit autour d’elle, mais tout le long de l’année, on a quatre, cinq jeunes dans les différents conservatoires qui vont apprendre tout le cycle, coachés par leur professeur, et moi, je coache les profs et les jeunes.

Chaque fois que je viens, on se rencontre et, au bout du compte, ils joueront eux en pré-concert et en véritable création mondiale l’ensemble du cycle, en se le partageant à quatre, cinq. Donc, au cours de l’année, j’aurai travaillé avec le compositeur, je leur transmettrai la tradition, le bon style en tout cas. Ainsi, ils participent vraiment à une création, et les profs et les étudiants reçoivent également une information à la source, par témoignage direct.

Les quatre, cinq jeunes seront ainsi sur scène avant que vous n’y entriez, et cela se fait le même soir. La pièce sera donc créée deux fois …

 Voilà. Au début j’ai pensé que les jeunes pourraient le faire au milieu du récital, mais cela fait beaucoup « défilé de mode », et puis, si on joue vraiment le jeu, c’est très risqué, car il s’agit quand même d’un récital traditionnel. Aussi a-t-on changé, et l’on entendra l’œuvre de Benjamin deux fois en début de récital, une fois par les jeunes et une fois par moi.

Et vous continuez ensuite avec Debussy et Schumann ?

 Oui, les Préludes du Livre I et Carnaval. En fait, Benjamin inclus, ce sont chaque fois des cycles, des regroupements de pièces courtes, mais qui font un ensemble varié.

Pendant votre résidence, vous faites un grand tour, partant de Schubert, en passant par votre maître Messiaen vers l’électronique, pour retourner finalement à Schumann.

 En effet. Mon souhait est que, si le public suit une personne ainsi, cela lui donne envie d’avoir une curiosité ouverte.

Propos recueillis le 22 octobre 2005


© Ariel et Guy Wagner, 2005 - publié dans: Artiste en résidence - Pierre-Laurent Aimard à la Philharmonie de Luxembourg. Editions Le Phare - kulturissimo 2007. 104 p. De nomnbreuses illustrations en couleurs. ISBN: 978-2-87964-100-3. A commander: Tél. 54 71 31-502 / Fax. 54 71 31-211 / e-mail. crossi@tageblatt.lu - 27 €

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