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De: "Le Jour de la mort de Jacques Brel"
Guy Wagner

Il avait retrouvé la terre de son enfance, et Brel mettrait encore du temps avant de mourir enfin, ou presque.

Il eut un frisson. Cette sensation de la terre si longtemps oubliée, oubliée depuis le temps où, enfant, il en avait senti la force et la chaleur, alors qu'il y enfonçait de ses petits doigts des graines dont il ne se souvenait même plus à quoi elles pouvaient servir. Cette sensation, dis-je, il la retrouva fraîche et neuve. Il était redevenu tel qu'il avait toujours voulu être, une partie de ce tout où il y avait de la place pour l'air et l'eau, le feu et cette terre qu'il épousait de ses mains.

NOCES des mains et de la terre, chaque doigt s'enfonçant de plus en plus profondément, s'enracinant dans ce corps vaste qui l'accueillait, et plus ses doigts s'enfonçaient dans le sexe de la terre, plus il les sentait s'allonger, se ramifier, creuser leur chemin pour s'accrocher aux limbes, pour être, enfin, racines. Des racines qui lui donneraient la sève dont il avait besoin pour vivre.

LE CIEL au-dessus de lui était d'un bleu très pâle. Le printemps s'annonçait enfin. "Au printemps, heureux, voir, vire debout", en attendant que tout le corps s'enfonce dans cette terre merveilleuse qui l'accueillerait quand il aurait, enfin, fini de faire tourner le sang en rond.

Il n'y avait plus qu'à attendre que le soleil chauffât cette plante sauvage dont les racines, enfin, avaient pris. Les fruits pourraient pousser un jour, pour peu qu'elles voulussent bien le faire. Il n'y avait plus qu'à attendre que le temps dilaté le permît.

ATTENDRE. Immobile, enfin.


© Guy Wagner, 1981-2003

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