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Ce qu'ils en ont écrit

Critiques sur mes publications XXVI


"Waarden op de Godot" - Opféierungen am Escher Theater

a)

Originalansicht

Tageblatt, den 27. Februar 2015

b)

«Waarden op de Godot: une farce métaphysique»

par Frank Colotte

Le Théâtre d'Esch/Alzette présente l’adaptation en langue luxembourgeoise – «Waarden op de Godot» – par Guy Wagner du chef-d’œuvre du dramaturge irlandais Samuel Beckett – «En attendant Godot», dans une mise en scène résolument orientée vers le dénudement des êtres et du monde signée par le directeur du Théâtre d’Esch – Charles Muller. Une farce métaphysique où, sous-tendu par la plasticité du luxembourgeois, le néant existentiel côtoie le langage dramatique pur.

Depuis sa parution en 1952, la fable éternelle de Samuel Beckett sur la mise à nu de la condition humaine, «En attendant Godot», se prête, comme tous les grands textes, à la revisitation scénique et même linguistique.

Le terre à terre Estragon et l’aérien Vladimir

Un exercice auquel s’est livré Guy Wagner qui a combiné ses efforts de traducteur à ceux, considérables, du metteur en scène Charles Muller pour produire une pièce où langage et décor transposent sur scène l’impossibilité de vivre leur humanité dégradée à deux clochards – le terre à terre et corporel Estragon et l’aérien et intellectuel Vladimir, victimes d’une existence incompréhensible, agonisants d’une création ratée pris dans l’enfer répétitif d’un temps immobile.

Or traduire «En attendant Godot» en luxembourgeois pouvait sembler être une gageure d’autant plus grande que Beckett y concentre tous les procédés de désorganisation, entre cacophonie, échanges hermétiques, questions et appels sans réponse, tirades sans auditeur.

Anarchie lexicale et dialogique

Guy Wagner a néanmoins su tirer profit de cette anarchie lexicale et dialogique, en produisant une adaptation fidèle à l’esprit de grande confusion du texte original, associant ainsi le luxembourgeois au langage dramatique pur.

Qu’attend ce couple Estragon – incarné avec truculence par Germain Wagner – et Vladimir – interprété avec puissance par Jules Werner? Un certain «Godot», figure salvatrice de l’espoir d’un ailleurs fantasmé, qui s’est décommandé et que ces deux clowns de l’absurde attendent, en s’ennuyant, ce qui donne lieu à des scènes cocasses, loufoques voire même tragiques.

Le jeu scénique du couple Wagner-Werner est au cœur de la réussite de la farce métaphysique de Beckett. Jouant avec tous les registres du burlesque, ces incarnations représentent les deux dimensions de l’humain – le corps (Estragon) et l’esprit (Vladimir).

Autant à entendre qu’à voir

Ce que met en évidence la mise en scène de Charles Muller est l’idée que «Waarden op de Godot» est à la fois une pièce et sa mise en scène précisément, exigeant du spectateur qu’il garde à l’esprit la simultanéité de la physionomie, de la gestuelle scénique écrites et du dialogue. Charles Muller a parfaitement compris que le texte de Beckett, en grande partie descriptif, donne autant à entendre qu’à voir.

Cela se ressent dans l’exagération expressive du mime, qui contribue à la force du comique absurde qui domine les situations à deux, mais aussi à quatre personnages, lorsque Pozzo (incarné par Christiane Rausch, rôle initialement attribué à feu Marc Olinger) – le propriétaire de l’endroit, et Lucky (Fabienne Elaine-Hollwege) – l’esclave-porteur avec lequel il se comporte avec une cruauté inhumaine, occupent le devant de la scène.

La force et l’intérêt de cette revisitation théâtrale, que sous-tend un décor dominé par l’impression écrasante de désincarnation et de dénuement à la fois du monde et de l’être, sont de souligner la similarité frappante entre la déréliction du couple Vladimir-Estragon et la difficulté du spectateur à se frayer un chemin dans le labyrinthe de la pièce, donnant une puissante expression dramatique à la situation irrationnelle dans laquelle nous vivons, l’impossibilité de rien savoir, l’inconsistance de notre raison.

C’est donc avec délectation que le public, victime d’un univers aux structures désintégrées, est réduit à tâtonner dans une pièce où tout lui échappe, où l’existence brute côtoie le néant.

Luxemburger Wort, 27 février 2015

c)

L’attente plutôt que l’attentat


Paul Rauchs


Le luxembourgeois de Guy Wagner enracine les personnages dans la terre,il accentue leur côté burlesque, les rend plus proches de Laurel & Hardy que de Groucho Marx

En attendant Godot, le chef-d’œuvre de Beckett est plus actuel que jamais. Certes, ce n’est pas une pièce sur les sans-abri, ni sur l’homosexualité. Ce n’est pas non plus une pièce sur le fétichisme du pied et de la chaussure ni sur le sado-masochisme. Et c’est encore moins un requiem pour Marc Olinger qui aurait dû endosser le rôle de Pozzo.

Il y a, bien sûr, (aussi) tout cela dans la pièce, mais, après les attentats de Paris et de Copenhague, c’est avant tout, aujourd’hui, une pièce sur l’intégrisme. Godot n’est ni dieu, ni maître, et même s’il l’était, il ne viendrait pas. Belle leçon aux paranoïaques de tout poil qui l’attendent en attentant à l’humanité. C’est une pièce sur le manque et donc sur le désir. Car quand le manque vient à manquer, c’en est fini du désir, le moteur de l’humanité. Les Juifs ont bien compris cela, eux qui, tous les ans se donnent rendez-vous à Jérusalem et qui attendent le messie qui, comme la Madeleine de Brel, ne viendra pas. Il reste alors la madeleine de Proust pour se consoler avec la mémoire et le souvenir.

Mais rien de plus traître que le souvenir. Vladimir et Estragon en savent quelque chose, car dans leur attente l’espace et le temps se brouillent et se relativisent. Attendent-ils au même endroit que hier ? Mais hier, n’était-il pas demain ou ne sera-t-il pas avant-hier ? Et cet endroit, est-ce bien la bonne place que leur a fixée Godot ? Cet arbre, perd-il ses feuilles ou fait-il des bourgeons ? Mais au moins, cette épave d’arbre fait-elle épave de repère pour les deux clochards qui écoutent Brassens plutôt que l’imam ou le curé : auprès de leur arbre ils continuent à vivre, ils ne le perdent pas des yeux et ne le quitteront jamais. Et, en attendant, ils nous donnent une fantastique leçon de vie, trompant leur ennui avec des élucubrations philosophiques comme Vladimir et avec les différents bobos corporels comme Estragon.

Cette vie nous est rendue encore plus palpable par la traduction luxembourgeoise congéniale de Guy Wagner. Avouons-le, nous sommes en général plus que sceptique devant les traductions en luxembourgeois de chefs-d’œuvre que tout Luxembourgeois peut lire, sinon dans l’original, du moins dans une des langues officielles du pays. Derrière chaque traduction en luxembourgeois, nous suspectons alors un complexe d’infériorité ou, pire, un frileux repli identitaire. Rien de tel dans l’entreprise de Guy Wagner, comme me l’a fait remarquer l’amie Nathalie. Le luxembourgeois ici enracine les personnages dans la terre, il accentue leur côté burlesque, les rend plus proche de Laurel et Hardy que de Groucho Marx, souligne la truculence paysanne d’Estragon et ridiculise encore un peu plus les digressions pseudointellectuelles de Vladimir.

En confiant ces deux rôles principaux aux monstres sacrés de la scène luxembourgeoise que sont Germain Wagner et Jules Werner, le metteur en scène Charles Müller n’a pas pris de risques. Les deux bêtes de scène s’affrontent comme des gladiateurs dans l’arène d’un vieux cirque romain, abandonné et désert, et qui a dû connaître ah de plus beaux jours. Bien vu par le décorateur Helmut Stürmer ! Et bien joué par le couple Wagner/Werner qui a rendu au mot jeu ses lettres de noblesse et d’origine. Car en jouant et en s’amusant comme des enfants, ils nous ont rappelé que Beckett, avec la complicité de Guy Wagner, a écrit un Loschtspill. C’est par le jeu que le je se construit, Freud n’a rien dit d’autre. En jouant littéralement tantôt la complicité et l’amitié, tantôt la colère et l’animosité, tantôt encore la générosité puis la mesquinerie, Jules et Germain nous ont tendu le masque de l’humanité et notre je est devenu une persona. Christiane Rausch en Pozzo et Fabienne Hollwege en esclave, toutes les deux excellentes, n’ont pas paru travesties pour un sou, montrant, si besoin en était, que la pièce n’a pas été montée pour des hommes et des femmes, mais pour des êtres humains. Et cet être humain peut prêter à rire sans être ridicule, il peut inspirer la pitié sans être pitoyable, il peut forcer le respect et l’admiration sans être respectable et admirable. Voilà, in fine, l’interprétation luxembourgeoise, donc mënschlech, allze mënschlech, du chef-d’œuvre de Beckett.
Qu’attendre de plus de cette attente ?

d'Lëtzebuerger Land, 6. März 2015

 

 

 

 

 

 

 

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